Pour permette de décréter un projet d’utilité publique, il faut une enquête publique et des documents sur lesquels les habitants et le Commissaire Enquêteur peuvent travailler. Un des documents les plus ardus à étudier est l’étude Socio Economique (cliquez pour télécharger le PDF).
On vous passe les détails, mais un point important est à retenir : l’Etat et les Collectivités utilisent une sorte de barème qui permet de considérer la rentabilité d’un projet. d’aménagement. Cette valeur appelée « Taux de Rentabilité Interne » (TRI) se calcule selon 2 méthodes :
-L’application de la méthode francilienne
– L’application de la méthode instruction ministérielle
Dans le cas d’Altival, l’application de la méthode francilienne conduit à un taux de rentabilité immédiate du projet de 8,8%. Le taux de rentabilité interne est de 10,8%.
L’application de la méthode instruction ministérielle conduit à un taux de rentabilité immédiate du projet de 2,8% et un taux de rentabilité interne de 4,4%.
COMMENT SE CALCULE LE TRI : La Valeur Actuelle Nette – la VAN
C’est une valeur qui prend en compte plusieurs facteurs, dont les reports modaux (entre bus et voiture, voiture et métro), la pollution, le nombre de voyageurs, etc…
On passe sur les prévisions fantaisistes de report entre la voiture et le bus, si on regarde juste le trafic voyageur, il a été surestimé par le CD94 car Altival ne dessert pas les quartiers et villes cités dans les études socio-économiques !
Alors qu’aucun bus existant n’empruntera le boulevard Altival et ses voies de bus sur la totalité du trajet (article sur ce sujet), les prévisions de trafic tablaient sur un trafic de 33 000 passagers par jour. Elles étaient calculées sur le projet global jusqu’à Noisy le Grand Mont D’Est et plus au sud vers Ormesson
Le TVM-Est supprimé, c’est 30% de tracé en moins :
Car contrairement à ce qui est écrit partout, le projet Altival ne desservira PLUS la gare ni le secteur de Noisy Mont d’Est. Sur 6 stations situées à Noisy le Grand, le boulevard Altival devait se confondre avec le projet de Bus à Haut Niveau de Service appelé TVM-Est. Ce projet de BHNS a été définitivement abandonné par le Département du Val de Marne en juillet 2024.
Avec la disparition du TVM Est, les prévisions de trafic voyageurs sont forcément caduques et nécessitent de refaire les calculs de rentabilité du projet Altival, amputé de 30% de son tracé. La rentabilité interne d’Altival est fortement remise en cause :
-La suppression du TVM-Est pourrait faire baisser la fréquentation d’Altival de 10 à 15 % supplémentaires en plus de la suppression de Noisy-le-Grand elle-même. Cela pourrait faire passer la fréquentation globale sous le seuil de rentabilité, la VAN, (fixée à 6,74 M de voyageurs/an), même dans un scénario où Noisy est partiellement maintenu.
A lui seul cet argument suffit à poser la question de la rentabilité du projet Altival.
– Un périmètre géographique surdimensionné
D’autre part, dans son étude socio-économique, le maitre d’ouvrage indique que :
« Parmi les 3 600 voyageurs empruntant les aménagements d’Altival à l’horizon 2025, plus d’un voyageur sur six (600) a pour origine les quartiers des Mordacs ou Bois l’Abbé à Champigny »
Ces études et estimations ont été réalisées sur des informations de 2013 avant les modélisations définitives de tracé et l’étude socio-économique qui fait partie du dossier d’enquête publique mentionne que :
« Le programme Altival n’intègre plus le réaménagement de la RD4 et l’accroche avec les lignes de bus desservant les quartiers des Mordacs et de Bois l’Abbé »
Il n’est donc pas réaliste ni probable qu’on cite 600 voyageurs par jour originaires de ces quartiers alors qu’Altival ne les desservira pas. D’après nos propres calculs, le trafic voyageur empruntant les voies de bus Altival devrait être réduit de 40% par rapport au estimations comme vous le lirez plus bas.
D’ailleurs, dans les pièces de l’étude socio-économique, tous les calculs d’intérêt économique reposent sur des hypothèses erronées puisque le périmètre des données collectées repose sur un périmètre géographique plus large que le projet présenté dans le dossier d’enquête publique.
Alors que le boulevard Altival s’arrêtera à l’entrée de Ville de Chennevières sur la RD4 et n’ira pas plus loin, le CD94 définit le périmètre du secteur d’étude comme s’étendant jusqu’à Ormesson voire Tournan en Brie dans certains documents, où ne vont pas les bus empruntant Altival.
Comment la modélisation peut-elle mentionner des communes non desservies ?
Le document d’étude socio-économique du projet Altival, notamment les cartes de répartition des usagers et les analyses de fréquentation, citent donc des communes qui ne sont en fait pas desservies, ni de près, ni de loin.
On aurait dû/devrait écarter du périmètre les communes de Noisy-le-Grand (TVM-Est abandonné), Chennevières-sur-Marne, Ormesson-sur-Marne, Sucy-en-Brie et le Bois l’Abbé (quartier partagé entre Champigny-sur-Marne et Chennevières) tous non desservies par des lignes existantes pour aller au métro sur les voies Altival.
En s’appuyant sur les pages de l’étude montrent une carte de densité des flux et une carte de contribution aux gains de temps. Voici la part du trafic estimé :
| Commune / quartier | Part estimée du trafic total |
| Noisy-le-Grand | ~15 % |
| Chennevières | ~7 % |
| Ormesson | ~3 % |
| Sucy-en-Brie | ~10 % |
| Bois l’Abbé-Champigny | ~5 % |
| Total retiré | ~40 % |
Si on supprime la desserte de ces zones, on doit réduire les flux de voyageurs de 40 %. Sachant que la VAN initiale repose sur 9,5 M voyageurs/an, cela donnerait un nouveau trafic à environ 5,7 millions de voyageurs/an :

– Recalcul de la VAN pour 5,7 M voyageurs/an, on utilise le même modèle d’ajustement :

CONCLUSION :
Puisque Altival ne dessert pas Noisy-le-Grand, Chennevières, Ormesson, Sucy-en-Brie et le Bois l’Abbé, alors :
– Le trafic est réduit à environ 5,7 M de voyageurs/an
-La VAN devient négative, à environ −27,7 M€
Une VAN négative signifie que le projet n’est pas rentable économique. Cela remet en cause la rentabilité socio-économique du projet !
Si on revient au TRI, et si on recalcule avec –40 % d’usagers (gains × 0,60) , avec la Méthode francilienne :
Avantages ≈ 111 M€ (185×0,60), Coûts 150 M€ ⟹ VAN ≈ −39 M€ → ce taux n’est plus positif !
Selon la méthode ministérielle : Avantages ≈ 155 M€ (258×0,60), Coûts 243 M€ ⟹ VAN ≈ −88 M€ → le Taux de rentabilité interne est nettement négatif.
Le Commissaire Enquêteur n’a pas vérifié cette information. C’est vrai qu’elle n’intéresse personne tant elle est technique.
Pourtant, dans un courrier du Ministre des Transports d’avril 2025, en réponse à nos interrogations sur le projet Altival et alors qu’on n’avait pas encore recalculé la VAN et qu’on n’avait pas encore la note sur les bus d’IDFM Mobilités, le Ministre utilisait cet argument pour justifier de l’intérêt économique du projet :

Pas de chance, Monsieur le Ministre, les calculs sont faux…
